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Chapitre premier
J’étais
entré dans la maison campagnarde des deux femmes. C’était
… petit et étroit. Les plus grandes pièces me semblaient
étouffantes, et les couloirs ne pouvaient contenir qu’une
seule personne en largeur. Autant dire que je n’aimais rien
dans l’intérieur de cette maison avec cette décoration
vieillotte qui datait sûrement des années d’amour des grands
parents. Je me demandais comment la jeune fille pouvait vivre ici
et espérait pour elle qu’elle ne soit qu’en vacances
dans cet endroit. Personne – de jeune j’entends bien
– n’aurait pu s’épanouir entre ces murs. Et le
sourire qui ornait ses lèvres rosées témoignaient de son court
séjour chez son aînée de bien des années. Il n’y avait pas
grand-chose à voir mais mon regard parcourait le papier peint, les
meubles d’un autre temps et le sol impeccable. J’étais
bien trop habitué à la ville, je crois, et ne pouvait pas apprécier
à sa juste valeur la chaleureuse demeure. Car, oui, au-delà de ce
que je pouvais penser, c’était un cocon où il faisait bon
s’y lover. On m’indiqua rapidement un canapé au tissus
usé mais propre où m’asseoir, et je ne me fis pas prier. Sans
délicatesse et avec un soupir de satisfaction, je m’affalais
sur ce qui se trouvait être moelleux. Le même rire qui
m’avait dérangé juste avant revint faire sa place auprès de
mes oreilles et je ne pus empêcher une grimace sortir de mon
cœur pour faire joie sur mon visage. Le bruit cristallin
s’arrêta de suite et une toux mécontente le remplaça ;
ça ne venait pas de la même personne.
« Jeune
homme, nous vous proposons gentiment de l’aide, il serait
donc aimable à vous de ne pas imposer vos états d’âme et de
bien vouloir vous comporter quelque peu …
Poliment. »
Sans me
laisser le temps de répondre quoique ce soit, une main osseuse me
tendit un téléphone que je pris sans faire de manière.
J’étais impressionné bien malgré moi par son ton doux et
pourtant ferme. Je faisais un gros effort de concentration et de
mémoire pour me rappeler du numéro secoureur. J’avais la
fâcheuse habitude à oublier ce genre de détails n’en ayant
pas besoin grâce au répertoire de mon portable. Mais bien
évidemment, la batterie de mon portable s’était avérée
… vide. J’avais la certitude que ce jour n’était
pas le mien. Après être tombé sur un fou qui me répondit par un
« à l’huile » pâteux et alcoolique,
j’entendis enfin la voix de la libération. Pendant ce temps,
le rire avait repris parfois – surtout à la vue de ma tête
atterrée quand j’avais fait le mauvais numéro – et la
respiration appuyée de la vieille femme comblait le silence. Un
sourire de soulagement éleva une courbe sur mon visage précédemment
ennuyé et je répondis au « allo »
sérieux.
« Enfin !
Ce n’est pas trop tôt ! Vraiment, ils n’ont pas
idées les gens dans la téléphonie de fournir des numéros aussi
compliquer ! »
J’eus
alors l’affreuse impression d’ennuyer mon interlocuteur
qui répondit à mon esquisse de blague – fort peu drôle, mais
comment l’admettre ? – par un soupir
d’exaspération. J’avais toujours pensé que les
personnes les plus aigris dans ma vie étaient mes parents mais
c’était avant de connaître ce personnage qui était bien trop
sérieux pour sa vingtaine d’année à peine entamée. Sa voix
rauque s’employa à répondre posément à mon SOS dissimulé
qu’il avait bien compris. Ce type était un
voyant !
« Mais
où t’es tu encore fourré ? Et ne me dit pas que les
voisins t’ont kidnappés, je suis allé chez eux il y a cinq
minutes pour vérifier.
-
On s’inquiétait ? le taquinais-je,
chose qui m’arrivait bien souvent.
-
Certainement pas, mais je te connais, et je sais
qu’il faut avoir un œil sur toi … Pour le bien
des autres …
-
Je ferais comme si je n’avais pas entendu,
déclarais-je froidement, car sa moquerie ne me plaisait pas ;
je me moquais, insultais, mais ne supportais pas le juste retour
des choses. Soit ! Maintenant tu vas pouvoir te rendre
utile ! Je suis paumé au beau milieu de nulle part, dans le
trou du, – j’entrevis le regard courroucé de
la vieille – du tu sais quoi du monde et j’ai,
bien entendu, de suite pensé à toi.
-
Hum … Petit un, ta vulgarité m’effrayera
toujours. Petit deux, je ne suis le héros de personne encore moins
le tien, et surtout pas ton esclave. Donc, mon petit, débrouille
toi ! »
Je ne pus
retenir un cri de rage devant tant d’obstination – en
même temps, je n’avais pas beaucoup insisté, mais
n’avais certainement pas l’intention de le supplier
– et je raccrochais violemment. Je me passais les mains sur
le visage, essayant tant bien que mal de retenir un deuxième cri de
rage devant ma bêtise : j’avais raccroché -
imbécile ! -, sans même obtenir ce que je souhaitais, - idiot
-, et j’avais réduit ma seule chance de m’en sortir à
néant – crétin -. Exaspéré par mon propre comportement, je
soupirais une énième fois depuis que j’étais ici et ne fis
aucun regard vers les deux personnes qui s’abstenaient de
tout commentaire. Enfin, non, puisque la voix faussement soucieuse
de la vieille – elle retenait une pointe d’amusement,
c’était certain – émit une question qui aurait pu
paraître totalement innocente.
« Votre
ami vient-il vous sauver ? »
Je lui
répondis par un grognement très distingué – qui a osé me
traiter d’animal ? – et lançais un regard noir
– pour changer – à la petite qui avait recommencé avec
son chant qui m’irritait. Oui, encore une fois, je semblais
l’amuser beaucoup et je n’en étais pas fier. Et cette
fois ci, comme pour me défier, son rire s’amplifia, devenant
presque incontrôlable. Sa si soudaine hilarité proche de la folie
me fit écarquiller les yeux, tandis que la dame se contenta de
sourire et de lever les yeux au ciel comme si c’était tout à
fait normal. J’appréciais encore moins ce bruit, car on se
moquait clairement de moi et je n’étais pas du genre à
laisser glisser toute offense mais plutôt à y répondre. On peut
dire, plus simplement, que j’étais prompt à la
colère.
« Ce
n’est pas en riant comme une possédée que tu te conduis en
une charmante hôte, … »
Ma voix
resta bloquée dans ma gorge quand je me rendis compte avec stupeur
et effarement que j’allais l’appeler par un prénom qui
ne devait pas être le sien. Ce soudain arrêt fit revenir les
esprits de la belle qui ne garda plus qu’un sourire
s’étendant d’une oreille à l’autre et atteignant
ses yeux bleus pétillants.
« C’est
Nyla. »
J’étais
impressionné par son vif esprit, la prenant encore pour une enfant
sans cervelle – ce qu’elle devait être, même si en cet
instant elle le cachait bien -. Je repris vite moi-même mon sourire
sarcastique et lui répondit d’une voix faussement
charmeuse.
« Et
moi Jayden. »
Je lui
fis un clin d’œil qui la fit rougir. Je balayais la
petite voix dans ma tête qui n’arrêtait pas de dire
qu’elle était tout à fait mignonne – et à mon goût
– avec sa teinte rosée. Il n’était pas question de la
charmer mais juste de prendre ma revanche. On me reprochait souvent
de me comporter comme un gamin quand on touchait mon orgueil, mais
là on ne pouvait rien me dire puisqu’elle-même était pire que
moi. Je ris alors, moqueur à souhait, déclenchant par la même
occasion une exclamation outrée de sa grand-mère.
« Je
crois bien, jeune homme, que vous avez assez usé et abusé de notre
hospitalité. Je vous prierais donc de sortir de chez
moi. »
Je
grimaçais encore, conscient que j’avais – et cela pour
énième fois – brisé toute chance de m’en sortir. Et
puis … J’étais déçu de voir le joli visage de la
blonde s’être assombri – un peu –. De plus, la
petite voix qui n’avait rien compris murmurait doucereuse
qu’elle était craquante avec son air boudeur. C’est en
entendant cette voix que je pris la décision de partir, ne saluant
même pas les deux femmes, pour l’une indignée et
l’autre toujours boudeuse.
Enfin à
l’air libre, loin de l’atmosphère écrasante de la
petite maisonnette, je respirais profondément : pour ne pas me
laisser emporter par la rage et pour essayer de réfléchir. Je
m’asseyais sur le capot de ma voiture, et regardais le ciel
bleu. C’était une très belle journée, et elle était
définitivement gâchée. Je n’étais pas du genre à
m’attarder longtemps dans des réflexions compliqués, je
laissais ça aux savants il y en avait suffisamment, et
j’abandonnais déjà la partie avant même d’avoir trouvé
une esquisse de solution à mon problème pas si difficile. Je
laissais mon regard glisser sur mon environnement plutôt agréable
mais qui me lassa bien vite. J’étais ainsi, l’activité
de la ville m’avait toujours attirée et je jugeais la paix de
ses lieux morose. J’en étais à me tourner les pousses –
une activité que j’affectionnais tout particulièrement
– quand j’entendis des pas légers se rapprochaient de
moi. Je fermais les yeux, soupirais d’exaspération, près à
revoir les yeux océans de la jeune boucle d’or. Mais ce ne
fut pas sa voix que j’entendis, c’était une voix plus
chaude mais bien moins claire, et sûrement pas appartenant à une
personne innocente …
« On
est perdu ? »
A croire
que ce village - sûrement introuvable sur une carte détaillée du
pays - était infesté d’anges aux cheveux blonds et aux yeux
océan.
* *
*
«
Et ainsi, vous êtes là, dans ce trou paumé au milieu de
nulle part … Heureusement que je suis là, n’est-ce pas
? »
Je ne
pensais plus la même chose de cette jeune personne depuis plus de
dix minutes. En ces quelques minutes, elle était passée de
l’ange à la jeune femme sulfureuse – aguicheuse voire
même d’autre adjectif bien plus péjoratif et vulgaire. Je
l’écoutais d’une oreille, pas le moins du monde
intéressé alors que je voyais clair dans son jeu. Il est vrai que
peu de beaux garçons devaient se perdre dans ce village, mais tout
de même. J’avais cependant l’habitude de trainer avec
ce genre de personne, et m’y étais fait avec le temps. Je
crois même que parfois j’agissais ainsi aussi sans vraiment
m’en apercevoir avec un naturel déroutant. Dans le genre
charmeur, narcissique, et coureur de jupon je n’étais pas mal
non plus ... Mais voilà, cette fois-ci j’avais seulement
envie de partir très loin de là, de retrouver mon appartement et de
ne plus jamais revoir toutes ces têtes blondes qui me donnaient la
nausée – à noter que je suis blond aussi mais passons -. Mais
cette sangsue aux lèvres pulpeuses ne voulait pas me lâcher et ne
semblait pas comprendre que mes soupirs étaient chargés
d’exaspération. Cette fille devait être vraiment désespérée
pour agir ainsi … Elle me parlait toujours avec une voix
rauque qui m’insupportait, et mes poings s’étaient
plusieurs fois serrés lorsqu’elle m’avait frôlé. Cette
journée était maudite … En plus de tout cela, elle
n’avait aucunement l’intention de m’aider à
partir de là, non, elle était même plutôt déterminée à ce que
j’y reste … Pourtant, dans mon malheur, j’eus de
la chance car …
« Jaylen !
Vous êtes encore là … Oh ! Kaylee …
Qu’est-ce que tu fais là ? »
L’ange
blond numéro un venait refaire sur scène, mais même si je ne
montrais rien j’étais très heureux de la revoir – je me
méfierais des anges blonds à partir de maintenant … - et
même si aucun sourire ne naquit sur mon visage, je soupirais une
énième mais de soulagement cette fois.
« Je
tenais compagnie à Jaylen. Bon eh bien … Je vous laisse
… A bientôt Jaylen … »
Oui
c’est ça, à bientôt … Je ne lui lançais même pas un
regard, ne lui dédiait aucun sourire, non, je restais de marbre
devant tant de sous-entendus si peu subtiles, et je préférais
m’intéresser à mon héroïne. Cette dernière fit un petit geste
de la main pour saluer son amie, puis me tendit vivement une carte
de visite et un téléphone portable. Je m’emparais de ces
présents ne sachant quoi en faire … Oui, je sais,
j’étais long à la détente …
« Vous
devriez peut-être appeler le numéro sur la carte, c’est une
compagnie de dépannage. »
Si je
n’étais pas si orgueilleux, je l’aurais remercié mille
fois, mais malheureusement, la nature a fait les choses autrement,
je n’esquissais donc qu’un vague sourire avant de faire
le numéro indiqué et de plaquer le téléphone contre ma joue avec
impatience. J’étais – légèrement bien entendu –
pressé de partir d’ici et de ne plus jamais revenir. On
décrocha enfin, et une voix grave et indéniablement masculine se
fit entendre. En moins de cinq minutes se fut réglé et je rendis le
téléphone ainsi que le bout de papier à la jeune fille qui
attendait sagement.
« Je
vais vous laisser. Bonne route ! Faites attention à
vous ! »
Et sur
ses bonnes paroles, elle s’en alla gaiement – en
sautillant même – jusqu’à chez elle. Une chose que je
ne comprendrais jamais : j’avais été odieux avec elle et
pourtant elle m’avait parlé sans animosité, au contraire,
avec sympathie. Comme quoi, le comportement des personnes
m’étonnera toujours.
j'espère que ce
chapitre vous a plu. Je précise tout de suite qu'il faudra attendre
un peu - hum ... beaucoup - pour le prochain chapitre, parce qu'il
n'est pas fini, loin de là ... (a) Tenshi qui vous n'aime !
<3